20 - 08 - 2018

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Gabon : Entre tradition et modernité ?

Que faire de cette question lorsque l’on aborde la création artistique au Gabon ? Certainement pas opposer les deux termes, mais plutôt à partir d’observations de voir les lieux

Que faire de cette question lorsque l’on aborde la création artistique au Gabon ?

Certainement pas opposer les deux termes, mais plutôt à partir d’observations de voir les lieux de rencontres qui contribuent justement à nourrir une création de plus en plus dynamique, à la recherche de qualités, où la préoccupation identitaire demeure essentielle.

Nous préférons donc  parler de modernité et tradition et non pas de modernité ou tradition, car même si la modernité, quelles que soient les significations du terme, se veut en rupture avec ce qui précède, notamment les traditions,  chaque période de l'histoire a eu ses modernes et a pu passer en tant qu'époque pour représentative d'une modernité.  

C’est dans cet entre-deux culturel et conceptuel que les artistes vont explorer, découvrir, proposer, traverser dans une sorte d’itinérance des expressions, que nous dressons un panorama non exhaustif de la culture au Gabon.

L’écran à palabres.

Le cinéma est le secteur de la production artistique au Gabon qui apparaît comme le plus dynamique de ces quinze dernières années, avec la musique. Rappelons que cela a toujours été le cas, car l’histoire retient que le premier film africain présent en compétition officielle à Cannes est un film gabonais : la Cage de Robert Darenne d’après un scénario de Philippe Mory, premier comédien et réalisateur gabonais. Cela se passe en 1963.

Pour ce qui est de la production cinématographique, nous parlons ici, non pas en volume de production, mais en qualité et modernité des initiatives qui concourent à la fabrication d’un film, l’impulsion est donnée par la structure officielle dénommée Centre National du Cinéma gabonais (CENACI) dirigé par Charles Mensah. En produisant et co-produisant des films à l’échelle nationale et sous régionale, elle  contribue à stimuler l’environnement de 95 à aujourd’hui. D’abord avec la confirmation des cinéastes que sont Imunga Ivanga (Dôlè, L’Ombre de Liberty)[1] et Henri Joseph Koumba Bididi (Le Singe fou, Les couilles de l’éléphant)[2]. Le CENACI découvre également de jeunes talents. C’est ainsi qu’il lance en 2007 une série de portraits documentaire d’artistes dénommée Talents du Gabon en coproduction avec Play Film, une société française, par quatre réalisateurs (Roger Edima, Paul Minko, Joël Moundounga, et Fernand Lépoko) et deux réalisatrices (Nadine Otsobogho, Manouchka Labouba). Quelques épisodes de cette série sont actuellement diffusés sur les chaînes publiques locales et africaines.

A cela il faut ajouter deux courts métrage de fictions Le divorce de Manouchka Labouba et Maléfice de Fernand Lépoko.

La politique du CENACI inspire des privés, notamment la Société Logovéenne de Films (SLOF)[3] et Les Films de l’Equateur, qui n’hésitent pas à s’équiper de façon importante et développent des projets de séries et de films, encadrés par des professionnels. Aussi, assiste-t-on à l’éclosion d’une nouvelle génération de réalisateurs, comédiens, etc. Il existe également d’autres structures telles Iris. Com et Oss Prod. La spécificité de ces sociétés est qu’elles mettent en place une chaîne complète allant de l’écriture à la post-production, et envisagent pour certaines de créer des télévisions afin d’accompagner de bout en bout ces initiatives. Le CENACI est généralement associé dans le développement des projets des sociétés SLOF et les Films de l’Equateur.

Il faut enfin retenir que le CENACI et le Centre Culturel Français (CCF) créent en novembre 2006 un festival de films documentaires, dénommé Les Escales Documentaires de Libreville. Ce festival est un cadre de découverte d’un genre inhabituel pour le commun des gabonais et aide des auteurs à s’y investir, à travers des appels à projets de scénarios de films documentaires. Pour l’année 2007, trois projets à la thématique variée (Sida, Musique, Circoncision) de Pauline Mvélé Nambané, Joël Moundounga et Antoine Abessolo Minko ont ainsi été retenus et soumis à des commissions d’aide de financement international.

Pour ce qui est de la singularité de sa production, le critique Steeve Renombo Ogula  relève que : « le cinéma gabonais affiche des thèmes aussi divers que le fantastique, l’amour impossible, la tyrannie de l’argent comme celle du pouvoir, l’injustice sociale et l’enfer des zones infra-urbaines, la quête de liberté et les citadelles encore interdites, bref des questions d’ordre existentiel engageant le présent de l’homme dans une société passée au crible serré du questionnement cinématographique. (…) C’est davantage un cinéma investissant l’espace urbain, et s’éloignant du cadre rural, (à l’exception d’Identité[4] et Ilombè[5] qui conjoignent les deux espaces ; d’Obali[6] et Go zamb’olowi[7](Au bout du fleuve), qui se limitent au village) et relevant très peu du cinéma ethnographique. ».

Le cas de L’ombre de Liberty opère une rupture dans le sens où partant d’éléments spécifiques relevant de l’oralité gabonaise, il les construit comme des catégories esthétiques compréhensibles pour l’échelle universelle. 

Aujourd’hui, certains pays tels le Maroc, la France, les Etats-Unis envisagent de produire ou coproduire des films avec le Gabon, comme l’ont déjà réalisé le Tchad (Tartina City de Issa Coélo), le Cameroun et la Centrafrique (Le Grand blanc de Lambaréné, Le silence de la Forêt de Bassek Ba Kobhio et Didier Ouénangaré), la RDC (Le damier de Balufu Bakupu Kanyinda). Il n’ y a donc pas de hasard si la présidence de la Fédération Panafricaine des Cinéastes échoit au Gabon en la personne de Charles Mensah. Il reste encore que les moyens d’action sont limités, car le soutien de l’état gabonais au CENACI demeure faible, 500 000 000 cfa. La quasi inexistence d’un réseau de salles sur l’ensemble du territoire et la vente libre des films piratés affaiblissent quelque peu ces efforts. La mythique salle du Komo a bien réouverte, mais elle semble davantage au service des églises dites de réveil qui rassemble les foules. L’existence de deux chaînes publiques et de quatre chaînes privées ne permet pas, à l’exception d’une ou deux expériences de sitcoms, de renforcer ce dynamisme. Pour l’unique raison qu’elles n’intègrent pas encore de réelles politiques en matière de production et de diffusions locales. Le manque de budget pour produire et acquérir des programmes n’y étant pas étranger.

 

La scène musicale affiche « complet ».

Sur le plan musical, on apprécie la confirmation des talents que sont François N’Gwa, Oliver N’Goma, Annie Flore Batchiellilys (AFB)[8] récompensée aux Koras, Naneth[9] finaliste il y a deux ans des découvertes RFI et également lauréate des Koras Il y a la découverte de Nadège Mbadou et de Lé, guitariste et interprète d’exception qui rassure sur l’héritage de Pierre Akéndéngué déjà porté par AFB. Un héritage ancré dans les rythmes du terroir, mais ouvert sur le monde grâce à des arrangements très subtils. A cela il faut intégrer dans le genre populaire l’explosif Kacky Disco et son désormais international oriengo, une danse audacieuse qui s’exporte hors des frontières gabonaises. A ses côtés, Amandine, Lauriane Ekondo, Nicole Amogho, Arnold Djoud, Ety Bula et Landry Ifouta maintiennent leur succès. On notera une exception locale avec le groupe world afro rock dénommé Rainbow de Boudha Cardot.

Mais c’est toujours la régularité de la performance des anciens Patience Dabany, Hilarion Nguéma, Pierre Akéndéngué, Prince Martin Rompavet qui réconforte. En parlant des anciens, retenons le très bel album Origuino (héritage) aux couleurs des « sphinx » orchestre fameux des années 60 de Claude Damas, compagnon de la première heure de Pierre Akéndéngué.

En réalité c’est un secteur qui se porte bien, et demeure assez performant dans ses différents genres que sont la rumba, le tradi-moderne (adaptation de la musique traditionnelle orchestrée par des instruments modernes, l’artiste Vyckoss Ekondo en est le porte flambeau), le rap, etc.

Malheureusement, la musique est confrontée à deux difficultés de taille. La rareté des lieux de représentations, - hormis le Centre Culturel Français, la Foire d’exposition, le stade omnisports de Libreville -, est un réel handicap pour la représentation publique des œuvres de ces chanteurs. La magnifique salle de spectacles de la Cité de la Démocratie est de nouveau opérationnelle, mais si elle permet à certains artistes renommés et certaines manifestations telles Le Balafon Music Awards qui récompensent les artistes gabonais, et la première édition du show télévisé panafricain  Africa Stars, une sorte de Star Academy à l’échelle du continent, proposée par Claudy Siar, elle demeure en termes de coûts de location difficilement accessible pour le commun des artistes. Dans les provinces, la situation est pire car il n’existe quasiment aucune infrastructure digne de ce nom. L’on peut s’interroger sur le peu de soutien que reçoivent les  artistes gabonais à travers les programmes radiophoniques. Ils sont délaissés au profit des artistes étrangers, et la diffusion de leurs oeuvres relève souvent de programmes exceptionnels. Or il est indéniable, qu’en termes de qualité, d’importance de production, le talent est au rendez-vous à tel point que les principaux studios de productions Mandarine de Jean Yves Messan, Kage de Georges Kamgoua, F-Gass de Frédéric Gassita et MD de Marcel Djabioh se livrent une saine concurrence.

Quant à la musique traditionnelle, dominée par des instruments à cordes et percussifs, si elle semble quasi inexistante sur les ondes et les quelques rares lieux de représentations, elle a une existence dans la vie réelle des gabonais, notamment dans les expressions de croyances religieuses bwiti, ndjèmbè, ndjobi, mungala, etc. Toutefois elles se révèlent lors du Festival International de Musiques à Cordes, créé par le CCF en 2004. C’est à ce moment qu’elles montrent leur dynamisme.    

 

 

Littérature, des mots et des maux.

La production littéraire a triplé ces dix dernières années. De 1980 à 1990, l’on pouvait passer une année sans qu’il n’y ait une seule production littéraire de quelque nature que ce soit.

De nos jours, il n’y a pas moins de trois romans publiés par an. En effet, entre 2005 et 2008, la littérature gabonaise s’enrichit d’une bonne dizaine de titres. Le fait qu’elle se caractérise par de nombreuses publications à compte d’auteurs, n’empêche pas d’apprécier le regard qu’elle porte sur notre société.

Si l’on peut observer que les romans Histoire d’Awu de Justine Mintsa et Féminin interdit de Honorine Ngou effectuent une sorte d’immersion anthropologique, à travers l’exploration du veuvage pour le premier et le rejet d’une certaine féminité pour le second, un père, frustré d’avoir une fille, éduque celle-ci tel un garçon, le couple tradition et modernité fustige ici l’inadaptation de certaines valeurs anciennes face à l’époque actuelle, l’on peut regretter que cela ne donne pas lieu à une écriture particulière. A contrario, dans Au bout du silence[10] de Laurent Owondo l’imaginaire local donne lieu à des catégories qui permettent d’atteindre l’universel. Paroles de vivant de Moussirou Mouyama est dans cette lignée. Mais ce sont deux romans qui ne sont pas récents et qui n’ont pas suscité des créations du même type.

La nouvelle production littéraire se caractérise par une variété de thématiques en rapport avec l’évolution sociale du pays. La peinture est presque exhaustive : Politique, celle de la France-Afrique qui dénonce le néo-colonialisme, les dysfonctionnements sociaux à travers les déficits du système sanitaire, académique, la question de la veuve et de l’orphelin, etc. On note la parution d’un premier roman « chrétien » avec La tentation d’Adam de Solange Bongo Ayouma. Le roman Dommage ! de Frédéric Leckyou est un texte qui inaugure la littérature paramédicale. Il a réussi à développer à partir de ce modèle des créations intéressantes, des jeux d’écriture assez recherchés.

Parmi ceux qui écrivent, on dénombre de nombreux lettrés, des enseignants pour la plupart. Dans cette production quatre romans retiennent notre attention. Les oubliés de la forêt des abeilles de Peter Ndembi (Amalthée, 2005), Orphée négro de Grégoire Biyogo (l’Harmattan, 2006), Le savant inutile de Jean-René Owono Mendame (l’Harmattan, 2007. Okoumba Nkoghe le plus fécond des auteurs a rajouté à sa liste deux derniers romans (Le signe de la source et Elo la fille du soleil).

Mais le fait le plus marquant concerne l’engagement des femmes dans l’écriture littéraire. Bessora[11] (53 cm, Les taches d’encre, Deux bébés et l’addition, Petroleum, Croquez-moi jolis messieurs !, etc.) est à la tête de ce mouvement, à ses côtés Justine Mintsa.

Il est bien loin le temps où Ntchugwétondo Rawiri, unique romancière pendant longtemps et auteur de trois romans, portait à elle seule toute la création littéraire gabonaise. On retiendra dans ce mouvement Honorine Ngou (Féminin interdit), Sylvie Ntsame (Malédiction, la fille du Komo), Zita Douka (Prisonnières d’un rêve) et Nadia Onigo (Le voyage d’aurore).

La nouvelle fait ressortir notamment deux auteurs Ludovic Obiang (L’enfant des masques et Si les crocodiles pleuraient pour de vrai) qui développent ses thèmes à partir du merveilleux. Jean-Juste Ngomo a lui choisi une option fantastique qui s’appuie sur le para normal, des récits jonchés de crimes mystérieux inspirés la plupart du temps de légendes urbaines africaines aux frontières dissolues. On évoquera aussi le recueil d’Eric Joël Bekalè (Au pays de Mba Ndong,Le Mystère de Nguéma) qui lui choisit une option anthropologique.

 

A côté de cette littérature, celle de la bande dessinée survit grâce à l’opiniâtreté de Pahé, auteur de deux albums (Gabonais, gabonaises et La vie de Pahé Tomes 1 & 2 bientôt adaptés en animation par la télévision française France 3) et les planches Gabonitudes de Ly Bek qui paraissent dans le quotidien L’Union. La sortie d’un premier tome est prévue pour juillet 2008. Ce sont deux anciens membres de l’association BD BOOM qui a perdu de son dynamisme et dont l’existence aujourd’hui est quasi clandestine.

La poésie n’est pas un genre très visitée, toutefois il y a là aussi de nouvelles productions : Ondounga Pépé (Les voix du silence), Nguéma Janvier Mboumba (D’Ombres et de silence, Les pleurs de la liberté suivi de Dzide), Gustave Bongo (Larmes sur la route de Lékaï), Max Médard Eyi Obiang (La vie au fond du cœur). Le chanteur poète Akéndéngué demeure toujours une voix forte dans cette création qui ne semble pas s’être affranchie totalement des stéréotypes.

Le théâtre gabonais souffre de l’absence d’un répertoire conséquent.

Pour pallier cela, les troupes, notamment l’Atelier Eyéno et le Théâtre Express, Ndzimba Théâtre étant moins actif, s’emparent de roman (Awu tiré du roman Histoire d’Awu de Justine Mintsa) ou construisent des pièces autour d’atelier d’écriture comme le fait le Théâtre Express, héritier de Pierre Monsard, fondateur de la troupe. Leur dernière pièce, Les démons de Koumalaya, mis en scène par Masous Ma Mounguengui et Christian Nzigou, dénonce les maux du quotidien des africains et des gabonais en particulier, traités avec humour. Mais l’on peut espérer à l’avenir des créations plus nombreuses, qui seraient suscitées grâce au Festival International du Théâtre Gabonais (FITHEGA) qui est déjà à sa quatrième édition. Ce festival, né à l’initiative de Jean-Fidèle Nziengui, réunit chaque année les troupes africaines, notamment de la sous-région d’Afrique centrale. Il devrait susciter à terme une création plus intensive de pièces, ce qui pour le moment n’est pas le cas. C’est dans cette perspective que le Centre culturel français organise des rencontres entre metteur en scène et écrivain. La première expérience associe l’écrivain Ludovic Obiang et le metteur en scène Michel Ndaot.

Le théâtre peut prendre également la forme du conte élaboré en mise en scène, ainsi que le font Mathias Ndembet et Michel Pékouin, qui s’accompagnent d’instruments traditionnels tels la sanza ou le kul.

 

Le conte permet d’effectuer une transition avec la littérature orale.

On observe pour celle-ci de plus en plus de transcriptions. On peut citer la version littéraire d’Olende par Okoumba Nkoghe, ou le Mubwanga de Kwenzi Mickala. Pourtant, c’est du point de vue de ses formes « modernes et urbaines » que l’oralité est la plus saisissante, notamment avec le « slam ».

 

LBV est dans la place.

Si l’on met de côté la métrique qui relève de certains aspects classiques de l’écriture avec des rimes bien écrites, le dit de cette langue est dans le rythme, disons la rythmique du parler ou du chanter des récits et épopées traditionnels.

Des ateliers de slam existent au centre culturel français et l’on peut assister à d’exceptionnelles jouxtes oratoires. L’un de ces « slameurs », Big Gym, après une sélection locale, a participé au Tournoi National et Coupe du Monde de slam à Bobigny en 2008 où il est parvenu à se hisser au stade des quarts de final.

La dimension de cette nouvelle expression est de plus en grande. Ce qui amène à parler de la création par Jules Kamdem du Festival Gabao Hip-Hop, - rejeton du Festival Bantou Live, de Georges Kamgoua, détonateur en 1998 du mouvement hip-hop au Gabon - qui en sera à sa sixième édition. Gabao Hip-Hop apparaît comme un évènement majeur en Afrique, pour ce qui est de la diffusion des cultures urbaines et des échanges entre professionnels d’Afrique et d’ailleurs. D’un point de vue des formes modernes et urbaines de l’oralité, l’on voit se développer un ethno-rap par certains groupes (Movaizhaleine, Communauté Black) qui puisent dans la culture traditionnelle.

Les textes expriment la révolte par rapport à l’injustice générée par la société où l’expression de sa propre condition, la conjuration de cette révolte par l’art, contribue au « succès » des groupes tels que Movaizhaleine et Hayoe.  Dans un registre plus festif, à côté de Professeur T, l’on doit évoquer la performance des artistes du label Eben Entertainment avec notamment Ba’Ponga, Koba[12] et la Fuente.

 

On ne peut parler de Hip-Hop, sans évoquer la danse contemporaine. Celle-ci est soutenue par l’association Juste bouger artistiquement au Gabon (JBAG), de Sandrin Lékongui, créateur d’un festival international de danse dénommé Akini A Loubou (la danse aujourd’hui) qui en est déjà à sa deuxième édition. L’on découvre des formations très professionnelles (No Limit, Eben dance, No fear, Scorpion, etc.), qui participent également à d’autres festivals. Ces formations sont assez polyvalentes, car si les trois-quarts d’entre elles pratiquent de la danse urbaine - dans le style break dance - elles intègrent également la danse traditionnelle et contemporaine.

Lors de la dernière édition du festival, l’oralité conceptualisée était présente. Peter Nkoghe, dans son solo Mon corps est ma lumière, parcourt une scène illuminée par de petites lampes jonchant la scène. Le programme d’Amaël Mavoungou propose lui une réflexion sur le langage où il mêle danse et oralité. Voix, jaillissement, « nu », contorsions, expriment demandes et attentes inassouvies.

 

 

Studio Paraiso.

Tel est l’enseigne du laboratoire photographique du plus fameux photographe gabonais des années 60. Un des précurseurs de la photographie de reportage, qui couvrait déjà le Congo Brazzaville, le Zaïre et le Cameroun. Désirey Minkoh qui privilégie aussi le reportage peut-être considéré comme l’un de ses héritiers. On lui doit notamment une magnifique exposition sur le bwiti[13] dont il ressortait l’aspect mystique. Mais la photographie artistique proprement dite, peut se voir comme une promesse. Un collectif nommé Gabon Igolini (images) en langue ipunu, créé en juin 2003, dirigé par Levis Donatien Boussougou, a vu ses membres, qui vivent et travaillent au Gabon, effectuer plusieurs formations. Ils sont récompensés aux Rencontres photographiques d’Arles en France, en 2006, où ils obtiennent le prix du  Meilleur collectif africain. Ils sont également présents la même année à la biennale de Bamako.

Myriam Mihindou plasticienne et photographe qui a animé également un des ateliers du collectif Gabon Igolini, et Alain Biffot présent à Dak’Art 2008, sont ceux qui font découvrir la photographie d’art, au plan international, à partir de vécus très personnels. Ils partagent en commun métissage, exil, et vidéo. Tous deux lient traditionnalité et contemporanéité, ce qui permet d’apporter des notes originales et pleines… d’interrogation identitaires. Dans tous les cas, ils inventent chacun un territoire dans lequel l’exploration du visible et de l’invisible affirme une différence culturelle.

 

 

Les architectes aux ciseaux.

La question de l’existence de la mode gabonaise ne se pose plus, grâce aux nombreux défilés de créateurs qui s’égrènent tout le long de l’année. C’est une mode à cheval entre modernité et tradition à la fois pour ce qui est de l’acquisition de ses matériaux tels : raphia, bogolan, pagnes africains, soie sauvage, cotonnades, et pour le choix des modèles qu’elle offre à ses créateurs. Des créateurs issus de différentes écoles, ou subissant des influences diverses. De Pathé O à Alphadi, Paris, notamment avec l’école Esmod. La mode connaît un bel élan avec des couturiers tels que Beitch Faro[14], Angèle Epouta, Chouchou Lazare[15], Olga Ô, Christ’On, pour ne citer que ceux là. Cette mode est embellie de créations originales, notamment celles de Yéyé Créations et de Rafa, faites à partir de pierres, de perles africaines, de masques.

 

 

L’hypothèse de l’entre-deux culturel, tradition et modernité, qui peut se poser en paradigme, on le voit,  n’est pas systématique. Elle est évoquée pour marquer une vigilance face à la mondialisation qui amplifie les  tendances à l’uniformisation dans laquelle les différentes expressions artistiques risquent toutes de tomber. La production artistique au Gabon, largement méconnue au-delà de ses frontières, n’y échappe pas. Convoquer cet entre-deux culturel, c’est aussi faire appel à la subjectivité, celle qui caractérise les véritables auteurs et qui refuse de se laisser asservir, fasciner.

Cet aperçu de la production artistique gabonaise montre la vitalité, l’audace, les errements et tâtonnements qui participent de toutes création et méritent d’être donnés en partage. Malgré tout, elle est encore confrontée à des archaïsmes qui freinent son expansion et sa diffusion à tous les niveaux. Gageons que, - et cela est amorcé par certains artistes qui osent, souvent avec succès, la confrontation avec le monde – l’effort à venir sera dans le combat de mieux la faire connaître et de parvenir aussi à la résolution de la question des droits d’auteurs.

 

 

Par Imunga Ivanga

Cinéaste


NOTES

 



[1] Dôlè obtient de nombreux prix internationaux dont le « Tanit d’Or » des Journées Cinématographiques de Carthage 2000, le « Prix du meilleur scénario » au Fespaco 2001. L’Ombre de Liberty est lui  primé au Fespaco 2007. 

[2] Le singe fou obtient le « Prix du court-métrage » au Fespaco en 1987 et Les couilles de l’éléphant connaît un succès populaire dans les salles d’Afrique comme de France, 25000 entrées.

[3] Elle a notamment coproduit avec le CENACI deux séries télévisées, Les années écoles et Akébé Venez voir. Si la première série a été tournée à Libreville, la seconde, elle, est délocalisée dans la province de l’Ogooué Lolo, dans un studio spécialement aménagé pour des productions de fictions.

[4] Identité de Pierre Marie Dong, L.M, 1972

[5] Ilombè de Charles Mensah, L.M, 1978

[6] Obali de Pierre Marie Dong et Charles Mensah, L.M, 1976

[7] Go zamb’olowi (Au bout du fleuve) de Imunga Ivanga, C.M, 1999.

[8] Kora du Meilleur espoir féminin en 2002

[9] En 2005 elle est finaliste du Prix RFI musique du monde et obtient le Kora du Meilleur artiste féminin de l’Afrique Centrale.

[10] Deuxième Grand Prix Léopold Sédar Senghor en 1986

[11] Bessora a obtenu en 2000 le « Prix Fenéon » pour son ouvrage Les Taches d’encre et en 2007 le « Grand Prix Littéraire de l’Afrique noire » pour son ouvrage Ceuillez-moi jolis messieurs !

[12] Il obtient aux Kora Music Awards 2005 le prix du Meilleur rappeur africain

[13] Le Bwiti ou Bwete est une société initiatique qui a une grande influence sur les arts et spectacles gabonais et fait l’objet de nombreux travaux.

[14] Premier Prix jeunes créateurs au Festival International de la Mode Africaine (FIMA) au Niger en 2003

[15] Il obtient à la biennale de Saint Etienne Design 2002, le premier Prix de création